Portraits de Loire - Récits d

portaits de loireDurant deux ans, Véronique Popinet, auteure-photographe, est allée à la rencontre des riverains du fleuve pour comprendre comment ils vivent leur proximité avec le plus long fleuve de France. Ils sont pêcheurs, chasseurs, osiériculteurs ou plaisanciers. Véronique Popinet a croqué des instants de vie au fil de ses rencontres.

Planifiées ou inopinées, ce livre est riche de petites histoires accrochées à chaque rencontre. Les images, les paroles, les mots de Véronique sonnent vrai, rien n’est romancé !

Enrichi par des textes de géographes, paysagistes et sociologues, ce beau livre ne manquera pas de susciter l’intérêt des habitants des bords de Loire car il transcrit des images d’un fleuve que l’on connaît, loin de celles, plus quotidienne, parfaitement retouchées sur les réseaux sociaux. Les photos de Véronique sont mystérieuses, joyeuses, vivantes et authentiques. J’ai une petite préférée… non ce n’est pas celle du beau pompier fraîchement sortie du Lac de Villerest, après un exercice. C’est la photo de la page 120, elle me rappelle mon grand-père et sa relation avec son jardin.

Château de la Roche © Véronique Popinet

Château de la Roche © Véronique Popinet

Vous allez forcement être touché par ce livre, par ces mots, par ces photos, en attendant de le découvrir je vous invite à lire l’interview de Véronique Popinet.

  • Dans les premières pages de votre livre, nous comprenons que vous n’avez aucun souvenir d’enfance du fleuve Loire. Alors comment est venue cette envie de faire un livre sur ce sujet ?
    Les histoires contées par votre père vous ont sans doute aidée comme vous l’évoquez dans votre introduction émouvante avec les 2 photos de votre papa en préambule !

Je ne me souviens pas des gorges de la Loire avant la construction du barrage de Villerest, je n’avais que 8 ans à l’époque et nous avions déjà déménagé sur la Côte Roannaise. Ces souvenirs passent effectivement par les photos de mon père et les histoires contées par mes parents et par d’autres personnes de cette génération. J’ai cependant quelques souvenirs d’enfance de la Loire, notamment du vieux pont de Villerest, de la carrière et de la maison des Rey à Vernay, qui me faisait penser à un château de princesse. En d’autres endroits du fleuve aussi, près de Melay dans le Brionnais au nord de Roanne, avec mon père pour observer les oiseaux car c’est sa passion.

L’envie m’est venue de faire ce livre parce qu’en tant que photographe, j’ai surtout travaillé en dehors de mon territoire, à l’étranger, au Pays de Galles ou j’ai appris ce métier, plus récemment en Ardèche car je travaille en missions ponctuelles pour ce département que j’affectionne particulièrement. J’ai donc eu envie de travailler sur le lieu où je vis et où je travaille. Et il se trouve qu’après m’être « expatriée »  j’ai choisi de revenir habiter dans ma région natale, une maison à Cordelle avec un paysage magnifique ouvert sur les gorges de la Loire, sur la rive opposée à celle que j’avais toujours connue. Je voulais aussi travailler sur les habitants car je m’intéresse avant tout au documentaire social. En cherchant quel pouvait être le point commun entre les habitants du Roannais, qui jouit d’une grande diversité de paysages, il m’a semblé que le fleuve, qui a justement façonné ces paysages étant un élément fédérateur et fondamental.

Gravières de Mâtel © Véronique Popinet

Gravières de Mâtel © Véronique Popinet

  • Pas de souvenir d’enfance, mais à ce jour vous vivez non loin du fleuve, à Cordelle. Quel est votre lien avec celui-ci ?

Effectivement la question de mon lien au fleuve s’est posée dès le départ de ce projet. Ce lien, c’est justement cette intimité avec ce paysage de vallée façonnée par la Loire, toujours changeant selon les lumières, les moments du jour et les saisons, que je contemple plusieurs fois par jour depuis la fenêtre de ma cuisine, ou celle de mon bureau. C’est comme un moment méditatif, un rituel quotidien, qui me ressource, me recentre et m’ancre au territoire. J’ai d’ailleurs réalisé un « observatoire photographique du paysage » : chaque jour pendant 1 an, j’ai pris une photographie de ce paysage, depuis ce même point de vue, et j’en ai fait une courte vidéo.

J’aime aussi les balades dans les gorges, à pied depuis la maison ou un peu plus loin vers Pinay, ou en canoë en famille les soirs d’été.

Lac de Villerest © Véronique Popinet

Lac de Villerest © Véronique Popinet

  • Il vous a fallu 2 ans pour faire cette œuvre, vous êtes d’ailleurs parti à la rencontre de riverains du fleuve afin de comprendre comment-ils vivent leur proximité avec le plus long fleuve de France. Parfois par hasard, parfois programmée, racontez-nous l’une d’elles, celle qui vous a le plus touchée, surprise…

J’ai beaucoup aimé la rencontre avec l’osiériculteur, Sylvain Lécureuil. Quel nom magnifique et prédestiné ! ça ne s’invente pas, l’écureuil et la forêt pour parler d’un savoir-faire hors du commun : la culture et le travail de l’osier, ces tiges de saule qui poussent sur les berges du fleuve. Je ne l’ai pas rencontré par hasard, des amis de mon réseau associatif m’en avaient parlé. Le jour de la prise de vue, l’ambiance au bord de la Loire à Balbigny était particulière, mystérieuse : j’aime les paysages d’hiver, sans soleil. Un matin très froid, le fleuve à peine visible derrière le voile de brume. J’aime cette photo de Sylvain de dos, avec son bonnet péruvien, on se croirait sous d’autres latitudes. J’aime ce portrait avec ces teintes de brun, sa posture affirmée qui colle avec ce que je perçois de sa personnalité, de ses convictions. J’aime la série avec ses gestes de travail, précis, adroits et vifs. Ce sont parmi mes photos préférées.

Si vous voulez l’entendre parler de son métier avec passion, c’est ici.

Pont sur la Loire entre Le Coteau et Roanne © Véronique Popinet

Pont sur la Loire entre Le Coteau et Roanne © Véronique Popinet

  • Ce livre se veut comme une réflexion sur l’homme et son environnement.
    Quatre co-auteurs : enseignants-chercheurs, géographes, sociologues et paysagistes apportent leur éclairage sur ce sujet.
    Comment avez-vous choisit ces 4 personnes ?

Après l’exposition qui a circulé dans le Roannais, j’avais à cœur pour le livre de dépasser l’ancrage local et de poser la question du lien des habitants au fleuve de manière plus large. C’est pour cette raison que j’ai fait appel à des chercheurs en sciences humaines. André Micoud, sociologue chercheur au CNRS à Saint-Etienne et ancien directeur de la Maison du fleuve Rhône, est le premier que j’ai contacté. Je connaissais déjà son travail sur d’autres sujets liés à l’implication citoyenne dans la protection de l’environnement. J’aimais son parti pris de prendre en considération et à leur juste valeur la vie et l’expérience des riverains. J’ai ensuite découvert la thèse de Sophie Bonin, géographe et enseignante chercheuse à l’Ecole du Paysage de Versailles. Cette thèse avait pour sujet « Paroles d’habitants, discours sur le paysage : des modèles aux territoires. L’évaluation des paysages du fleuve Loire, du Gerbier-de-Jonc à Nantes » et entrait parfaitement en résonance avec ma question centrale et ma démarche. Cette phrase de sa thèse m’a particulièrement frappée car c’est précisément ce que j’avais pu ressentir lors de mon travail sur le terrain et lorsque je photographie des paysages : « Les propos des habitants révélaient une réalité inépuisable : que les paysages ne sont pas tant des images que des expériences, dont la sédimentation certes peut produire des images et des récits exprimables, mais qui sont forcément réducteurs de la richesse de l’expérience. »

Claude Janin est géographe. Il travaille à Grenoble mais vit dans le Roannais où il a aussi exercé des mandats en tant qu’élu. Il connaît très bien le territoire et ses habitants. Il s’intéresse aussi à l’histoire forcément humaine des lieux, dans d’autres temporalités.

Armande Jammes est paysagiste et artiste. Elle a vécu en bord de Loire toute sa vie : d’abord dans le Maine et Loire pas si loin de la Loire des Châteaux, puis à Blois pour ses études de paysagiste et enfin dans le Roannais. J’aime son écriture précise qui nous plonge dans un univers du quotidien avec le fleuve et nous ramène au sensible, cliquez pour avoir un exemple.

Quatre co-auteurs, quatre sensibilités et quatre échelles différentes du territoire.

Barrage de Villerest © Véronique Popinet

Barrage de Villerest © Véronique Popinet

  • Ce livre est en vente dans plusieurs librairies du Roannais et de la Loire en général depuis le 1er septembre, quel retour en avez-vous ?

En premier lieu, l’originalité de la couverture surprend (c’est une grande photo pliée). Puis la mise en page contemporaine et l’avantage de pouvoir ouvrir complètement le livre pour les photos en double page. Les lecteurs retrouvent des images familières du fleuve qui leur parlent et font souvent remonter des souvenirs. On est loin des photos de promotion du territoire, on est davantage sur une authenticité des paysages vécus et de la vie des habitants. Ils sont sensibles à la beauté simple de cet environnement révélé sans artifice, qu’on a parfois tendance à ne plus voir tant il se fond dans les habitudes. L’intérêt du livre est aussi d’entrer dans les coulisses d’un travail documentaire, à travers la rencontre entre une photographe et des habitants.

Les Gorges de la Loire depuis Joeuvres © Véronique Popinet

Les Gorges de la Loire depuis Joeuvres © Véronique Popinet

  • Et pour finir… imaginez… si le fleuve Loire pouvait vous entendre, qu’avez-vous envie de lui dire ?

« Les hommes t’ont côtoyé, admiré, craint. Ils ont tenté de t’apprivoiser, de te contraindre. Ils t’ont sali aussi. Garde ta pureté, ta liberté et fais-nous toujours rêver. »

 

Les photos de cet article vous évoquent peut-être quelque chose… en effet, avant de marier textes et photos dans le livre « Portraits de Loire », Véronique Popinet a dévoilé ses clichés en 2016 et 2017 lors d’une exposition photographique et sonore itinérante, à la médiathèque de Roanne, au Couvent des Cordeliers à St-Nizier-sous-Charlieu et au Château de la Roche à St-Priest-la-Roche.
Pour information son livre est en vente dans les librairies suivantes :

  • Maison de Presse Ballansat – Renaison
  • Un monde à soi – Roanne
  • Jardin de Papier – Roanne
  • Espace Culturel Leclerc – Riorges
  • L’hirondelle – Firminy
  • Carnet à Spirale – Charlieu

Pour avoir un avant-goût de cette œuvre, je vous invite à consulter son site internet.

Photo bandeau : © Véronique Popinet
Propos recueillis par Marion

30/10/2019 Découverte 0 commentaire

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